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Consultation populaire : L’affrontement

lundi 2 février 2015, par Pierre Dulieu

De l’inauguration de Mons 2015, je reviens avec une conviction : les villes qui réussissent à s’affirmer sont celles qui non seulement ont de l’ambition, mais qui partagent cette ambition avec les forces vives de la population.

Or, c’est bien de stratégie et de cohésion que manque Namur. Notre ville a certes des projets, notre ville avance, notre ville a un bourgmestre et des échevins dynamiques, mais il n’y a pas de vision partagée par tous ni même de désir d’union sacrée.

S’il en était autrement, la consultation populaire n’aurait pas lieu. Elle est un échec pour le pouvoir qui s’est montré incapable de prendre en compte la sensibilité, les aspirations et les besoins réels exprimés par une partie de la population, et même les arguments rationnels qui ont été avancés.

Après des spots ridicules, qui continuent à faire gondoler les blogosphère, la Ville a fait distribuer un dépliant de 8 pages pour inciter à voter OUI. Affligeant ! Une phrase comme « Pour conserver notre attractivité, une étude commandée par la Wallonie a estimé qu’un ensemble de 20 000 m2 de nouveaux commerces est nécessaire dans le centre urbain » montre la distance énorme qui existe entre un pouvoir technocratique installé dans sa tour d’ivoire, qui se croit sûr de son fait, et les gens. Un pouvoir à ce point éloigné d’eux qu’il ne trouve rien d’autre à opposer à leurs inquiétudes que l’existence d’une étude, nouvelle bible, restée longtemps confidentielle, jamais soumise à la critique et, quand on l’a lue, sujette à caution sur des points essentiels (voir Confluent n° 494).

Qu’il faille renforcer le cœur de ville, c’est une évidence. Mais (je l’ai déjà dit) le complexe Côté Verre ne peut être ni une providence (qui nous sauverait d’un grand péril), ni un alibi (pour ne rien faire au bénéfice direct du commerce local). Il faut le voir comme un adjuvant qui dope le commerce sans le concurrencer. Et pour cela, il doit être de taille plus modeste et la Ville doit développer une approche globale et dynamique qui renforce l’attractivité de tout le centre-ville. Or, sur ce plan, elle n’est nulle part !

Et surtout, ce projet de centre commercial ne peut se développer au détriment de ce que les gens considèrent comme essentiels : le cadre de vie, la nature, l’espace public accessible à tous. Or, ce que fait la brochure tout en vert (couleur de l’espoir et d’Écolo) et en orange (couleur de la chaleur et du cdH), c’est juste de proposer sur papier glacé du rêve, de l’illusion, du virtuel pour convaincre qu’il faut détruire un parc... Et elle n’évoque même pas les arbres que l’on abat ! Réaction d’un lecteur : « On prend les Namurois pour des cons ».

Je prédis que ce pouvoir distant, aujourd’hui opposé à une partie de la population, sera demain tellement empêtré dans les conflits qu’il suscite et dans ses contradictions internes qu’il sera fragilisé, d’abord dans les esprits, ensuite dans les urnes.

Commentant la situation, ma femme me disait de nos édiles : « Il se font mousser avant d’être mouchés. » Il ne faudra donc pas s’étonner que Namur végète quand les autres avancent...

Le numéro spécial “Consultation populaire” (un dossier de 18 pages) est disponible au prix de 4,50 €.

Pierre DULIEU

Source : Confluent

L’édito de Pierre Dulieu

Confluent 494, 9 janvier 2015
Consulté le 02 février 2015 sur : http://www.confluent.be/page/edito.html


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