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L’avenir du quartier de la gare

dimanche 16 décembre 2012, par Confluent - le bimensuel des Namurois

Pierre Dulieu nous livre ses réflexions sur l’avenir du quartier de la gare. Pour lui, le parc Léopold joue un rôle dans la vie urbaine et pour cette raison notamment il est souhaitable que le nouveau Collège modifie le Périmètre de Remembrement Urbain ( P.R.U. ).

Le mercredi 19 décembre à 18 h aura lieu à l’hôtel de ville de Namur la réunion préalable à l’étude d’incidences relative à l’aménagement de la gare des bus sur la dalle SNCB et la construction de la rampe d’accès.

Découvrez ici les réflexions de Pierre Dulieu à ce sujet...


Note sur le PRU de la gare tendant à démontrer l’absolue nécessité de reprendre le dossier au point de départ

Préambule

Le PRU du quartier de la gare a été voté par le conseil communal sortant en sa séance du 5 juin 2012.

À ce stade, il n’est pas encore approuvé par le ministre compétent.

Il est donc encore susceptible d’être modifié à l’initiative du nouveau collège communal.

Ce PRU présente des objectifs généraux sur lesquels un consensus existe, à condition toutefois qu’ils soient reformulés autrement.

Il est, par contre, fortement contesté dans ses options d’implantation et dans sa méthodologie :

  • par de nombreux citoyens dans le cadre de l’enquête publique
  • par la CCATM
  • par les 10 400 signataires de la pétition du collectif “Parc Léopold”
  • par le PS dans son ensemble (donc pas de consensus politique).
  • Pour ces raisons d’ordre politique, il est souhaitable que le nouveau collège prenne le temps de la réflexion. C’et également également souhaitable au nom des arguments développés ci-après.

Sept questions qu’il convient de se poser avant de décider :

  • Première question : peut-on renoncer définitivement à la couverture des voies du chemin de fer ? Le domaine ferroviaire représente en centre-ville un ensemble d’opportunités foncières exceptionnelles. Si elles ne sont pas saisies actuellement – que ce soit pour des raisons financières, urbanistiques ou autres - est-il de bonne politique de s’interdire de le faire jamais à l’avenir ?

Or telle serait la conséquence de la construction de la rampe d’accès à la dalle SNCB (voir la maquette).

  • Deuxième question : quelle est la meilleure affectation de la dalle SNCB ? L’affectation à privilégier est son occupation par des bureaux et activités en contact avec le public, comme ceux que la RW devra mettre en place par suite du transfert des compétences dans le cadre de la réforme de l’État. Car elle présente, pour cela, des atouts exceptionnels : sa localisation au centre-ville, son accessibilité directe par le train depuis tous les pôles urbains du pays, voire de l’étranger, un lien possible avec les bâtiments du SPW (ex CAMET). Ne faut-il pas dès lors vérifier cette possibilité avant de donner à la dalle une affectation moins valorisante pour Namur ?

Question complémentaire : ne convient-il par de bien mesurer les inconvénients de cette localisation “haut perchée” pour les véhicules de transport : accès problématique pour les bus (rampe longue, exposée au gel, à protéger contre le vandalisme, aisée à bloquer par des protestataires,...), mais aussi pour les usagers en provenance du centre-ville, et de les comparer avec les avantages attendus (qui n’ont jamais été mesurés non plus).

  • Troisième question : comment relier Bomel au centre-ville ? Cette liaison devrait être un objectif essentiel du PRU. En effet, le quartier de Bomel - Asty-Moulin ne possède aucun des équipements nécessaires à un développement séparé, notamment du point de vue commercial. Inversement, il possède des écoles techniques, des bureaux d’associations et bientôt le pôle culturel de l’Abattoir qui s’adressent à toute l’agglomération. Dans le schéma de structure, la bordure sud de Bomel est d’ailleurs destinée à être incorporée dans le centre-ville.

Une telle liaison piétonne devrait idéalement se situer dans l’axe de la rue de Fer, ce qui impose d’en tenir compte dans le concept du centre commercial, même si elle ne peut pas être réalisée dans l’immédiat. Or le projet actuel ferme cette possibilité.

  • Quatrième question : comment dynamiser le quartier de la gare ? Cette question est au cœur de la réflexion des auteurs du PRU. Mais elle se ramène dans les propositions à la dynamisation du commerce, par la création d’un centre commercial ouvert sur la ville. C’est, au contraire, un morceau de ville qu’il faut concevoir, avec, à côté du commerce, de l’habitat, de la culture et des espaces publics. La mixité, qui est un des principes essentiel du schéma de structure, doit trouver à s’appliquer.

De plus, la focalisation de la réflexion sur le seul centre commercial conduit à des solutions biaisées, voire contreproductives.

  • Cinquième question : comment gérer les circulations ? L’intention de réduire la circulation automobile entre la gare et les rues commerçantes est porteuse de sens. Mais elle ne justifie pas à elle seule les transformations envisagées.

Il y a, tout d’abord, d’autres endroits qui mériteraient la même attention, comme l’avenue de la Gare, dont il faudrait écarter le trafic automobile.

Ensuite, il conviendrait de s’interroger sur les reports de trafic que la fermeture partielle de la gare pourrait engendrer, avant de la décider. (L’étude de Transitec n’a porté que sur la faisabilité de la solution nord, ce qui est insuffisant). Par exemple : ne va-t-elle pas engendrer un surcroît de circulation en bord de Sambre ?

  • Sixième question : comment concevoir les espaces publics ? La revalorisation d’un quartier passe certes par le bâti, mais plus encore par les aménagements des espaces publics. Une grande attention a été portée dans le PRU sur la partie comprise entre Omalius et le C&A, mais le reste demande tout autant à être étudié.

C’est le cas notamment de l’axe Gare-Borgnet-Place Léopold, qui se branche sur la rue de Fer et la rue Rogier en son milieu. Il constitue l’axe majeur de transit des piétons ; or, il est totalement négligé.

Se posent dès lors toute une série de questions :

  • Le square de l’Europe Unie, au carrefour de la Porte de Fer, ne devrait-il pas devenir le cœur du quartier après qu’on en aura écarté le trafic de transit ?
  • Le parc Léopold n’a-t-il pas un rôle à jouer dans la vie urbaine, comme zone de rencontre, espace de détente, lieu d’expositions ?
  • Est-il légitime de transformer la rue Borgnet, actuellement arborée, en une voirie entièrement minéralisée et ouverte en son centre par la trémie de sortie du parking ?
  • Peut-on accepter une voirie de desserte peu attrayante en bordure du chemin de fer ?
  • Quel rôle joue dans l’espace urbain une place Léopold dès lors qu’elle ne servirait plus à la distribution du trafic ?

Une telle réflexion conduirait assurément à une meilleure intégration du centre commercial projeté dans le tissu urbain.

  • Septième question : quelle symbolique pour ce quartier renouvelé ? Dans la maquette qui illustre le PRU, le pont à haubans (qui dépasse en hauteur la tour vigie du MET) est présenté comme le signe du nouveau quartier. Ne conviendrait-il pas de s’interroger à ce sujet : sur son intégration dans le panorama urbain (très discutable), sur son caractère industriel (c’est le type d’ouvrage de zone portuaire...), mais aussi sur sa symbolique. Si ce pont symbolisait l’union de Bomel et du centre-ville, parce qu’il permettrait de franchir le voies, il aurait une signification humaine. Dans le cas présent, il n’a aucune signification, c’est une architecture purement fonctionnelle, une tour rendue même (pour des raisons de sécurité) inaccessible aux public ! C’est évidemment le complexe abritant le centre commercial qui aura une vraie signification urbaine. Il importe donc qu’il ne représente pas une symbolique purement marchande : le maintien de l’espace vert peut y contribuer, l’incorporation d’une fonction culturelle également.

Il faudra pourtant décider...

Il est clair que le fait de reposer le problème ne peut avoir pour effet le blocage de tout projet. Je suis persuadé, au contraire, qu’il fera gagner du temps, en permettant d’éviter bien des conflits.

Mais surtout, les choix posés étant réfléchis par rapport au long terme, ils ne bloqueront pas l’évolution.

Le 25 novembre 2012

Pierre DULIEU

Source : http://www.confluent.be/page/l-avenir-du-quartier-de-la-gare.html, consulté le 16 Decembre 2013


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