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MERCI, MONSIEUR LE BOURGMESTRE, DE NOUS AIMER À CE POINT

samedi 7 février 2015, par Pierre Dulieu

Après le débat Prévot - Guillaume
MERCI, MONSIEUR LE BOURGMESTRE, DE NOUS AIMER À CE POINT

Le débat sur Canal C, qui a eu lieu ce vendredi 6 février, a permis de clarifier les enjeux, mais aussi de voir la détermination des protagonistes.

Très clairement, le bourgmestre a déclaré que si les citoyens avaient de droit de s’exprimer, ce sont les élus qui avaient le droit de décider. Et il décidera selon sa conscience. Sa conscience éclairée.

Malheureusement, les raisonnements qu’il tient sont souvent basés sur des sophismes. C’est ce qui explique qu’il s’enferme en lui-même plutôt que d’entrer en dialogue. Car chacun sait combien les sophismes sont des pièges pour l’esprit dont on se dégage difficilement...

Voici trois remarquables sophismes qu’il a tenus.

Premier raisonnement

’’’’ Le centre commercial est indispensable pour assurer l’avenir de Namur
’’’’ Or je veux l’avenir de Namur
’’’’ Donc je défends le centre commercial
(Et sous-entendu : ceux qui ne le défendent pas ne sont pas pour l’avenir de Namur).

Ce syllogisme est imparable si l’on admet le premier point : que le centre commercial est indispensable pour assurer l’avenir de Namur. On peut cependant avoir sur ce point une autre opinion... Il fallait donc nous convaincre et pas seulement nous faire peur.
Mais je n’ai vu venir aucun argument convaincant. Le bourgmestre agite seulement la vague menace de promoteurs prêts à établir un pôle concurrent à l’extérieur (des vautours en quelque sorte), comme si le gouvernement wallon, auquel il appartient, allait laisser faire.

Son discours se cantonne au plan économique où il n’est pas très à l’aise (d’où ses craintes irraisonnées et sa confiance aveugle dans le promoteur du Côté Verre, vu comme un sauveur), alors qu’au plan politique, là où il est le plus fort, on ne l’entend pas. J’aurais aimé qu’il se montre décidé, comme bourgmestre, non pas à défendre un projet privé, mais une vision globale de l’intérêt général, et comme ministre, qu’il réaffirme la politique du gouvernement wallon dont il fait partie et qui consiste à éviter la concurrence entre les villes wallonnes et la création de centres commerciaux dans les terres agricoles. (Je m’empresse d’ajouter que tout projet un peu important aurait besoin d’être raccordé à une route régionale - c’est dans ses compétences - et d’obtenir une modification du plan de secteur - ce qui est de la compétence de son collègue cdH di Antonio).

Deuxième raisonnement

’’’’ Pour contrecarrer une éventuelle concurrence extérieure, le centre commercial doit atteindre au moins 20 000 m2 (idéalement 23 000 m2) et comporter un parking d’au moins 1000 places.
’’’’ Les arbres empêchent d’atteindre cette dimension.
’’’’ Donc il faut sacrifier les arbres, ce que je ne fais pas par plaisir.

On a de nouveau là une affirmation gratuite, car hors le promoteur, personne ne définit le seuil minimum à atteindre et, ainsi que l’affirme M. Calonger lui-même, c’est tout le centre-ville, et pas seulement le centre commercial, qui constitue le pôle namurois dont la cohérence doit être renforcée.

Petit parenthèse :
LES SIX EFFETS NÉGATIFS D’UN CENTRE COMMERCIAL DISPROPORTIONNÉ

Au-delà d’une certaine taille (fixée selon les normes allemandes à 20% du commerce existant, soit ici 15 000 m2), les effets négatifs l’emportent sur les effets positifs :

1) plus il est grand, plus il va faire de la concurrence aux commerces existants, car la première clientèle d’un centre commercial est celle de sa zone de chalandise, donc celle qui vient déjà à Namur. J’ajouterai que comme les difficultés d’accès seront toujours aussi grandes demain qu’aujourd’hui, l’effet retour en ville n’est pas ni mesurable ni garanti ;

2) plus il est grand, plus il est attractif, et donc plus le risque est élevé (avec effet boule de neige) de voir déménager des enseignes depuis l’axe Ange-Fer, créant des zones vides bien plus importantes que les quelque 155 cellules dont on parle actuellement ;

3) plus il est grand, plus il a besoin de places de stationnement. Pour un centre commercial de la périphérie, on compte 1 place pour 5,50 m2 d’espace de vente. Même en prenant la moitié de ce chiffre (ce qui suppose que la moitié des clients viennent en train ou en bus), on calcule que chaque fois que l’on augmente la dimension du centre commercial de 1 000 m2, on crée un besoin de 90 places supplémentaires. Et donc en acceptant 5 000 m2 de plus que les 15 000 m2 jugés acceptables pour la préservation du site, on crée le besoin de 450 places supplémentaires... Plus concrètement : les arbres qu’on veut abattre ne permettent même pas d’agrandir le parking suffisamment pour les m2 supplémentaires que l’on construit au-dessus !

4) plus il est grand, plus il est dominant. En économie, ce terme veut dire qu’il peut faire la loi. Exemples : ouvrir le dimanche, accorder une heure de parking gratuite (comme à Courtrai), offrir des repas à prix réduit (comme chez Ikéa), organiser des braderies et des animations pour enfants, faire de la promotion ciblée, assurer sa propre sécurité... Je suis très étonné de constater que l’autorité ne voit pas le danger. Lorsque 30% du commerce d’une ville se trouve dans les mains d’un seul gestionnaire privé, l’autorité publique est démunie. Cela pourrait aller jusqu’aux taxes ; par exemple les droits de terrasse sur la voie publique ne sont pas applicables dans les allées du centre commercial, puisqu’elles sont privées...

5) plus il est grand, plus il consomme de l’énergie pour être chauffé en hiver, mais surtout pour être refroidi en été. Pour avoir un effet carbone nul, beaucoup d’arbres seraient nécessaires. Et en plus il faut compenser la perte des arbres existants, dont la ramure est importante ;

6) plus il est grand et plus l’espace public se réduit. Celui qu’il créera devant son porche ne sera jamais qu’une petite partie de celui qu’il nous enlève. Et à la différence d’un square public, où chacun fait ce qu’il veut, ce ne sera que l’avant-scène d’une activité commerciale ciblée sur la clientèle qu’il doit attirer. N’oublions pas, en effet, que cet espace public, que Maxime Prévot nous promet, est propriété privée de Côté Verre (à moins qu’on change les actes...)

7) plus il est grand et plus il doit intégrer des restaurants, cafés, magasins de fantaisie, voire des activités ludiques (ex. : jeux électroniques) qui rendent la clientèle captive ;

8) plus il est grand et plus les travaux seront lourds à supporter. Le maintien du parc permet d’avoir une zone tampon qui protège un tant soit peu les axes commerçants des chantiers qui vont durer un minimum de 5 ans ;

8) et enfin,, plus il est grand, plus il pèse sur le bâti et sur l’esprit de la ville. Jean-Louis Close l’a comparé à la cathédrale, qu’il masquerait en descendant la chaussée de Louvain. Mais, dit-il, c’est une cathédrale de la consommation, avec un porche (j’ai employé à dessin de mot plus haut) monumental. Namur, qui est une ville sensible, intelligente, conviviale ne se voit plus à travers les lunettes de la majorité que comme un vaste marché dont le nouveau centre commercial est le haut-lieu, j’allais écrire : le lieu de pèlerinage. C’est ça l’esprit de Namur ???

Bref, le bourgmestre s’est laissé dorer la pilule et ne voit pas tous ces inconvénients, qui ne sont pas qu’économiques, écologiques et sociologiques, mais aussi culturels.

À Maastricht, donné en exemple, il y a deux centres commerciaux : un de 12 000 m2 (avec du logement à l’étage) et l’autre de 18 000 m2. Suivons cet exemple, en construisant d’abord un centre commercial raisonnable et demain, dans un autre coin de la ville, si le besoin s’en fait sentir, il sera temps d’en faire un second. Le refus péremptoire du bourgmestre d’envisager cette alternative m’atterre.

Troisième raisonnement

"" Je vous aime.
"" Or, si je vous aime, je ne peux, en agissant, vous faire du mal.
’’’’ Si donc vous pensez que je vous fais mal en vous enlevant ce que vous aimez, c’est pour votre bien. Vous ne me comprenez pas.

Merci, Monsieur le Bourgmestre, de nous aimer à ce point.


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