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Ma réponse aux 10 points de la Ville de Namur

mercredi 4 février 2015


illustration, le projet en cours de réalisation pour Les Halles à Paris où le renouveau passe par la création d’un parc !!

1. Pourquoi faut-il un centre commercial ?

La Ville annonce que Namur est sous la “menace réelle” de l’implantation d’un centre commercial en périphérie. Je pense que c’est faux et qu’elle n’existe plus.
Il n’y a plus de terrain disponible
Si la menace était réelle, la Ville nous parlerait de projets actuels et non de projets qui ont existé et que nos élus ont écartés. Tous les terrains cités par la Ville ne sont plus disponibles et pour que de nouveaux terrains soient envisageables il faut un changement du plan de secteur.
Il y a trop de centres commerciaux en Wallonie
En 7 ans, la situation a fortement évolué et à 40km de Namur, l’Esplanade de Louvain-la-Neuve s’agrandit de 20.000 m2.

Dans un article publié par le Vif le 14 septembre 2014, à la question “Y a-t-il aujourd’hui trop de projets commerciaux en Wallonie ?”, Mr Calonger, cité comme référence par la Ville pour justifier de l’implantation du centre commercial, répond : “Oui, clairement. La volonté des promoteurs est de développer le plus de mètres carrés commerciaux. Vu la faiblesse actuelle des taux d’intérêts, la rentabilité de l’immobilier commercial est extrêmement intéressante. On atteint les 6,5 % ! L’objectif des promoteurs n’est pas de créer des commerces, car le marché est saturé, mais de réaliser des opérations financières. Cette situation va nous mener tôt ou tard vers des chancres commerciaux, comme on le voit aux Etats-Unis.” Il rajoute “Il y a aujourd’hui une course à être le centre commercial le plus grand et le plus attractif. Ce qui permettra d’attirer les meilleures enseignes. Mais comme le portefeuille des ménages n’augmente bien évidemment pas malgré les nouveaux mètres carrés commerciaux, il s’agit donc en fait d’un déplacement commercial. Sans plus. Les parts de marché qui sont prises d’un côté rejaillissent d’un autre côté.”

En réalité, la Ville a signé avec un promoteur pour la construction de 23.000 m2 et pas moins. Si aujourd’hui la Ville veut un centre commercial c’est pour respecter l’accord conclu avec le promoteur, ni plus ni moins.

2. Pourquoi ce centre doit-il s’implanter au Square Léopold.

C’est en effet un excellent endroit pour un centre commercial et la gare des bus doit être remplacée.

3. Pourquoi ne pas faire ce centre uniquement sur l’actuelle gare des bus et conserver l’intégralité du parc ?

Plus la surface est importante plus le projet est rentable pour le promoteur et le promoteur ne veut pas d’un projet sur le seule gare des bus alors qu’il a un accord de la Ville pour la totalité de l’espace. La Ville écrit : “Et si le projet de centre commercial ne devait pas se faire, que ferons-nous demain avec l’actuelle gare des bus, dont aucun investisseur ne voudra ?” N’avons nous vraiment pas le choix ? Est-ce vraiment tout ou rien ? La Ville n’a-t-elle vraiment plus aucune marge de négociation avec le promoteur pour s’assurer de la réhabilitation de ce site si le centre commercial ne se fait pas sur la totalité du site ? Si tel est le cas pourquoi ne pas l’avouer, jouer carte sur table plutôt que de jouer au poker et espérer un OUI qui la dédouanerait ?

4. La dimension du futur centre commercial est-elle excessive ?

La Ville argumente à nouveau pour une taille suffisamment importante afin d’éviter un centre commercial en périphérie (voir point 1) alors que la taille est juste un pré-requis du promoteur qui réalise une meilleure opération avec davantage de m2 à commercialiser.

5. Les nouveaux magasins vont affaiblir nos actuels commerces du centre-ville ?

Prétendre que les craintes par rapport aux commerces existants sont infondées est induire en erreur à moins que la Ville ne puisse produire les intentions des grandes enseignes actuellement présentes à Namur.

Un centre commercial est extrêmement attractif pour les grands groupes. Le coût du m2 sera inférieur à celui en ville, les espaces seront plus grands, le parking est en sous-sol, le chaland est abrité des intempéries, il déambule dans un lieu propre et sûr. De plus, dans son argumentaire, la Ville écrit qu’une série d’enseignes ont besoin de 400 m2 minimum. Ce n’est donc pas infondé de s’attendre à une migration massive des H&M, Zara, Springfield, Mango, Massimo Dutti, Planet Parfum vers le centre commercial.

La Ville nous annonce que ce centre doit être le plus proche possible de la ville et que “quelques centaines de mètres peuvent faire la différence”. C’est ainsi entre autre qu’elle justifie la nécessité d’occuper tout l’espace. Si limiter le centre commercial à la seule gare de bus est suffisant pour rebuter le chaland d’aller en ville, qu’en sera-t-il si la rue de fer devait se vider de ses commerces ? Je souhaite bonne chance aux commerçants du bas de la ville.

Quant aux nouvelles marques promises, quelles sont-elles ? La Ville se garde d’annoncer qui que ce soit. Sur internet on mentionne la FNAC alors que celle-ci n’investit plus devant faire face à la concurrence du commerce électronique. On parle de mediamarkt/saturn, les a-t-on seulement approchés ? Une chose est sûre, d’ici 2020, la part du commerce électronique sera encore plus importante, la consommation éco-responsable va croitre et le pouvoir d’achat ne va pas augmenter.

6. Prévoit-on de maintenir un vaste espace public avec des arbres ?

Toute initiative de la Ville pour planter et créer des espaces verts en ville est la bienvenue. Les plantations promises se feront que le parc soit préservé ou non. Il n’y aucune corrélation.

7. Quel est l’intérêt de la Ville dans ce dossier ?

La Ville souhaite redynamiser tout le haut de la ville et je l’y encourage. Pour ce faire, elle a trouvé un promoteur privé prêt à investir. La Ville résout le problème d’une gare des bus vouée à l’abandon sans bourse délier. C’est plutôt très bien joué. Le problème c’est que l’accord porte sur tout le square et pas seulement la gare des bus. Faute d’un plébiscite pour son projet, la Ville pourrait se trouver face à une gare des bus abandonnée et aucune alternative de réhabilitation. Ce serait dramatique mais la faute en incomberait-elle au NON ou à la Ville qui n’a pas su proposer de projet plus innovant pour amorcer son renouveau ?

Les enjeux pour la majorité sont énormes d’où la communication intensive, la reprise à son compte de la consultation populaire et l’implication du "bourgmestre empêché” qui mise sur sa popularité et son dynamisme pour obtenir un OUI sans équivoque.

8. Pourquoi avoir pris la main dans l’organisation de la consultation ? Pourquoi ces questions ?

La Ville écrit “Si la ville a pris la main sur l’organisation de la consultation, c’est pour éviter que le débat ne se résume qu’à la seule sauvegarde des arbres, alors que les enjeux pour l’avenir de notre ville sont bien plus larges”. Cet enjeu n’est-il pas avant tout de permettre l’exécution de l’accord conclu avec le promoteur ? Et la Ville d’ajouter “Le combat n’est pas évident, car on vit une période où le citoyen qui conteste est toujours considéré comme plus légitime que l’homme politique qui assume. Ici, l’émotionnel a manifestement pris le dessus sur le rationnel.” Avoir passé un accord avec le promoteur avant même le résultat de la consultation populaire ne devrait-il pas sonner le réveil des consciences ? Les jeux sont faits alors que le citoyen questionnait ses édiles sur la pertinence de leurs choix. Contrairement à que pense le politique, on vit une époque où le citoyen peut s’exprimer et où le politique ne peut plus se contenter d’une communication institutionnelle, il doit faire preuve d’écoute et de pédagogie. Quelle est cette caste politique qui salue l’impact des médias sociaux lorsqu’il s’agit de renverser des régimes à l’étranger et qui les fustigent lorsqu’ils sont eux-mêmes confronté à une critique ? Depuis quand le politique est-il seul détenteur de la raison ? L’émotionnel du citoyen n’a-t-il de valeur qu’en période électorale ?

La Ville est dans un situation impossible d’où il lui faut sortir à tout prix et ce sans avoir à se justifier, reléguant ses opposants au rang de personnes réfractaires au changement, hostiles au renouveau de Namur. Jamais je n’aurais imaginé qu’un centre commercial fut à ce point une vision d’avenir pour 2020 et au-delà. Je pense que Namur vaut mieux que cela et a des atouts autres à faire valoir.

9. Avons-nous méprisé le Collectif et évité toute concertation ?

Je ne peux me prononcer en détail sur ce point. Il me semble toutefois que le collectif n’a pas été pris au sérieux. Fort de l’accord d’Ecolo, la Ville se serait bien passée de ce qu’elle considère comme un combat. Il est probable également qu’ayant respecté la législation, la Ville n’aura pas été très conciliante dans ses négociations.

10. Allons-nous faire pression sur les fonctionnaires pour influencer les résultats ?
Remettre en doute l’intégrité du collège et des fonctionnaires est pour le moins déplacé.

11. Le Collectif bénéficiera-t-il de témoins dans les bureaux de dépouillement ?

Faire preuve de transparence et de courtoisie ne fait jamais de tort.

Autres points de la Ville

La Ville invite à ne pas avoir peur du changement mais est-elle prête elle à changer, à accepter la critique, à accepter l’expression populaire, à revoir sa copie en cas de victoire du NON ?

La Ville promet 600 emplois nouveaux, un argument qui fait mouche auprès des jeunes à qui il est destiné. Toutefois personne ne nous dit si ce sont 600 emplois nets ou bruts. D’où vient ce chiffre ?

Ma conclusion

Que fait la Ville ?
- elle crée la peur : “il existe une réelle menace de création d’une grand complexe commercial en périphérie de la ville ou dans les communes voisine”
- elle cite des experts : “toutes les analyses démontrent que l’implantation sur l’actuelle gare des bus et le square Léopold est la plus appropriée !”
- elle s’offusque de la critique : “Aucun bourgmestre ou Échevin ne s’amuse à créer de la contestation pour le plaisir.”
- elle légitime ses actions : “Nous avons respecté pleinement le Code de la Démocratie locale”
- elle promet des compensations : “attirer des marques complémentaires à nos actuels commerces car encore inexistantes actuellement à Namur”, “la ville s’est engagée à replanter 300 arbres et arbustes et à créer 3 nouveaux parcs publics en cœur de ville”, “près de 600 nouveaux emplois sont projetés avec ce centre commercial, tout bénéfice pour nos jeunes à la recherche d’un job !)”
- elle réduit l’opposition à une question d’arbres : “Ne laissons donc pas des forces conservatrices qui ont peur du changement réduire ce projet à la seule question des arbres du square !”
- elle est seule détentrice de la raison : “on vit une période où le citoyen qui conteste est toujours considéré comme plus légitime que l’homme politique qui assume. Ici, l’émotionnel a manifestement pris le dessus sur le rationnel.”
- elle a raison d’écrire : “nous devons maîtriser nous-mêmes notre développement commercial” nous ne sommes juste pas d’accord sur la façon de faire.

Que ne fait pas la ville ?
- elle n’assume pas sa responsabilité dans l’état actuel de parc : “On est donc loin d’être face à la huitième merveille du monde que d’aucuns nous décrivent !”
- elle n’envisage pas d’alternative et prétend qu’elle n’a plus le choix : “Et si le projet de centre commercial ne devait pas se faire, que ferons-nous demain avec l’actuelle gare des bus, dont aucun investisseur ne voudra ?”
- elle ne joue pas fairplay en ne communiquant pas les deux points de vues ou à tout le moins en ne mettant pas de moyens financiers équivalents à disposition du collectif.

Pour la Ville, le “renouveau” passera par l’implantation d’un centre commercial aux conditions du promoteur ! Est-ce ainsi que la Ville prétend maitriser son développement ???

Ma proposition : une nouvelle négociation avec le promoteur pour un centre commercial à la place de la gare des bus et bénéficiant d’un superbe parc rénové.

Si comme moi vous souhaitez une ville heureuse et pensez que l’on peut faire mieux pour Namur, votez 3x NON.

Source : Raymond Dulieu https://www.facebook.com/notes/ray-dulieu/ma-réponse-aux-10-points-de-la-ville-de-namur/10153893558499368

publié le 3 février 2015, 13:08


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