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POUR NAMUR, UN VERT AVENIR ?

lundi 28 avril 2014

Namur propose à ses citoyens de donner leur avis sur les futures aménagements du centre. Le débat est tout vert ... ou plutôt, le débat semble clos tant la Ville semble nous présenter un « clé sur porte » que nous ne pouvons pas contester. Ce que je vais faire, pourtant :

Une ville n’est pas que du commerce, sinon cela s’appelle un Centre Commercial. Une ville sans magasin laisserait ses habitants désœuvrés . Une ville avec des magasins devrait être source d’aisance et de bien-être. Jusque là, je crois que nos dirigeants et moi sommes d’accord.

Mais les divergences commencent lorsque l’un dit : « Plus de commerce engendrera plus de bien-être, quitte à sacrifier l’esthétique et le confort de la ville ». Là, je dis non, car c’est ce confort qui engendre le bien-être. La question est donc de savoir si nous voulons d’une ville riche –pour qui ?-, déséquilibrée, malade, ou d’une ville saine, aimable, où il fait bon vivre – pour tous-.

Dans le plan « Namur (re)prend vie » il y a de bonnes idées (construire dans « la Courgette », faire des bords de Meuse plus verts) et d’autres qui me laissent perplexe, et même franchement réticent. D’abord, je m’étonne que l’on veuille construire du neuf à côté d’un bâti ancien qui a encore de la gueule, inutilisé, voire carrément laissé à l’abandon . Je pense à l’immeuble des RTT (rue Rogier), à l’ancienne caserne de gendarmerie (même rue) , et, bien sûr, je pense aussi à tout l’espace perdu au-dessus des magasins.

Je devrais me réjouir de voir que l’espace vert n’est pas oublié, mais c’est justement là que je me rebiffe, car les documents qu’on nous montre pour illustrer ce « Vert Avenir » sont à la limite de l’escroquerie intellectuelle. Prend-on les Namurois pour des demeurés, que l’on ose justifier des projets inadéquats par des infographies trompeuses, manipulées ? Sur celles-ci « Tout est nouveau, tout est beau ». Mais il faut savoir qu’une route est noire, que le béton est gris ou blanc sale et qu’un arbuste photographié de près peut passer pour un arbre, mais n’aura jamais les vertus d’un vieil arbre.

Je vais éclaircir mon propos :

  1. je ne veux pas d’un centre commercial- mastodonte qui bouffe notre espace vert et qui met à mal le commerce du Centre-ville.
  2. la place de la voiture est encore mal définie et je ne veux pas d’une solution boiteuse comme l’est le semi-piétonnier de la Place de l’Ange.
  3. j’ai envie qu’on restaure (qu’on modernise ?) ce qui est digne de l’être
  4. et, accessoirement, on pourrait investir moins dans la construction mais plus dans la Propreté Publique.

Reprenons : le Collège défend bec et ongles un projet de centre commercial qui mangerait tout le Square Léopold. Certains Namurois approuvent, vu que les magasins sont moches et que le parc est sale. Mais savent-ils que si les magasins sont vides, à l’abandon, c’est que le promoteur les a déjà achetés, pour les laisser vides ? ...et ne voit- on pas que le parc est mal entretenu... parce que la Ville l’entretient a minima ? Nous serions ainsi plus faciles à convaincre, n’est-ce pas ?

Avec la surface actuellement bâtie autour du square, il y a déjà assez pour quelques grandes enseignes. Mais, d’ailleurs, est-ce bien nécessaire ? Quand toutes les études concordent à dire qu’un « grand » centre commercial flingue le commerce ordinaire au lieu de le stimuler et précarise les emplois ! L’expérience des centres commerciaux, on en revient, et c’est à ce moment-là que Namur décide de leur ouvrir les bras ( ???) .

Je m’étonne d’ailleurs qu’ECOLO défende avec énergie un projet où l’aspect bien-être et durabilité est loin d’être acquis, tant la « mise au vert » paraît seulement cosmétique avec, encore, la voiture omnipotente (1000 places de parking prévues !). L’infographie qui doit nous éclairer met Namur en gris et les nouveaux arbres en vert fluo. Ca en jette, mais, pour l’instant, ce ne sont que des images. Le Square Léopold massacré serait remplacé par un parc au Palais de Justice. En regardant bien l’image fabriquée, on repère l’espace pour six grands arbres et un peu de pelouse... Et il paraît que cela n’est pas vraiment acquis, car il faut un parking pour le Palais. Un parking avec un arbre tous les 10 mètres, vous appelez ça un parc ? De plus, est-ce bien honnête de dire que l’on crée un espace vert près des anciens abattoirs alors qu’on ne fait que reclasser des jardins ?

Namur envoie de temps en temps ses édiles en balade, afin de voir ce qui se fait ailleurs ; les études convergent : les centres –villes historiques « bien habités » sont piétonniers, avec des transports publics nombreux et prioritaires. Les exemples ne manquent pas : Berlin, Strasbourg, Montpellier, et, plus près de nous, Lille, Maastricht, Gand , Louvain ... Mais il semblerait qu’on ne soit pas mûr pour une solution aussi radicale. Une fois de plus, Namur risque de prendre une voie de demi-mesures, avec des solutions passéistes, des choix scabreux qui, sous prétexte de stimuler le commerce risquent, au contraire, de le piéger.

Si de tels choix sont faits, c’est que tout le monde n’est pas perdant :

  1. City Mall qui vous vend un « clé sur porte » mais qui, ensuite vous en laisse la gestion, et tant pis si ça ne prend pas. Avons-nous mesuré objectivement ce que sont devenus d’autres centres du même genre, leur impact sur les communes d’implantation ? Ainsi, le même City Mall a dévasté le commerce à Courtrai, avec, pourtant, une installation au cœur de la ville.
  2. Certains urbanistes qui sont allés se pavaner au MIPIM.
  3. Et, bien sûr, la société qui nous fait de belles images du futur qui a déjà ainsi « utilisé » 220 .000 euros.
  4. - ce serait malvenu d’insinuer que certains de nos politiciens ont quelque chose à gagner de plus que la reconnaissance des habitants...

On adore jeter l’argent par les fenêtres à Namur, surtout parce qu’on n’aime pas faire des études préalables qui feraient « perdre du temps » au projet. Surtout qu’à Namur, on aime bien, tant à gauche qu’à droite, les « beaux projets ». Des exemples : l’éclairage du Pont des Ardennes qui n’est pas resté longtemps une belle ligne blanche (et le tout récent bleu vif du Pont du chemin de fer !!), les pavés de la Rue de la Monnaie, qu’il a fallu changer, la place d’Armes (qui a pourtant été primée) qui était casse-pipe, où l’on a mis de l’antidérapant, aujourd’hui pratiquement disparu, les travaux du Musée Archéologique retardés pour cause d’erreurs de calculs... La liste peut encore s’allonger.

On va me répondre que ce sont des râleurs dans mon genre qui retardent les projets. On sent que certains sont pressés de conclure comme ces commerçants qui s’énervent quand on examine leur marchandise, peur, sans doute, qu’on y découvre un vice caché.

Pourtant un projet mieux ficelé, , plus démocratique, moins secret nous épargnerait bien des déconvenues. J’ai l’impression que la Ville est coincée par un contrat léonin qui l’oblige a accepter des choix inadéquats (les promoteurs nous font un prix si...). La ville appartient-elle encore un peu à ceux qui l’habitent ?

Quitte à paraître ringard, j’aimerais garder les arbres du Square Léopold, accélérer la rénovation des vieux quartiers, garder de vieux murs néo-gothiques, combler les espaces vides, revitaliser les étages, écarter les voitures...

Oui, j’ai gardé la nostalgie d’un vieux Namur où les maisons étaient habitées, où les gens se rencontraient parce qu’ils allaient à pied, où il y avait des trams, des bancs, de la verdure. Je sais que ce temps n’est plus, mais je souhaite un développement lent, réfléchi, avant-gardiste dans l’utopie d’un monde où l’on cesse de courir au profit immédiat, où l’on prend le temps de flâner et de rêver sans toujours buter sur des voitures en pagaille, des enseignes criardes et des murs en béton.

Courrier de Robert Lambeaux 28 avril 2014


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