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Votre avis - Au sujet du Square Léopold à Namur - message d’un sympathisant

jeudi 22 janvier 2015

La lutte désespérée des grands groupes industriels et commerciaux pour
conserver leur pouvoir d’accumuler de l’argent (un pour cent possédant la
même richesse que les autres 99%, dans le monde : France-Inter, ce matin du
19 janvier 2014) se traduit par le déploiement de projets pharaoniques qui,
s’ils sont acceptés par des élus qui croient encore au développement
exponentiel, vont agacer la population du centre-ville pendant plusieurs
années de travaux qui se révéleront inutiles quelques semaines après leur
réception.

1. On dira « Faire et défaire, c’est toujours travailler ». Principe
permettant de justifier les décisions absurdes.

Un centre-ville doit être le
témoin des activités et des modes de vie passés ; il intègre les
constructions des différentes époques en les préservant dès lors qu’elles
présentent un caractère architectural ou historique reconnu. Cela n’est
évidemment pas le cas des bâtiments construits vers 1960 entre les terrains
de la SNCB et le square aménagé, ces horreurs bétonnées qui servent de
parkings aux étages. Mais c’est le cas des arbres dont certains sont
majestueux et qui ont une vocation tutélaire : ils ont vu l’époque napoléonienne ainsi que les premières décennies de la Belgique indépendante.

Je me souviens être passé parmi eux à l’âge de cinq ans, pendant que les
bâtiments de la rue Rogier brûlaient en 1940, en allant conduire notre mère
à St Jacques pour accoucher la veille de l’arrivée des troupes allemandes à
Namur. J’ai vu au même endroit les mêmes troupes alleman des s’enfuir en
1945, directement vers le pont de Louvain, vers l’est, d’où elles étaient venues et où elles auraient du rester.

Les arbres, ces témoins végétaux vivants, méritent un respect absolu ; l’arbre dépasse l’Homme dans sa longévité, sa force et sa tranquillité ; il va du sol matriciel au ciel, absorbe et transforme la pollution : il vaut plus que nos réalisations voulues pour des siècles (peut-être était-ce le cas de la gare des autobus !). L’argument « espace vert compensatoire » ne tient pas : les faiseurs de projets seront morts depuis longtemps lorsque des arbres plantés auront la moitié de la taille de ceux qu’ils veulent enlever, si toutefois, ils ne sont pas découpés à leur tour par de plus absurdes qu’eux encore.

2. La raison de base est le développement du grand commerce au centre-ville,
pour équilibrer la concurrence avec les grandes surfaces à la périphérie de
la ville. Absurdité encore,
car les accès pour automobiles ne sont jamais
suffisants pour atteindre cet objectif. Une outre ne peut pas contenir plus
que son volume. Mais il y a pire comme absurdité : les nombreux petits
commerces, restaurants, cafés, situés dans cette épine dorsale du
centre-ville, la densité de la fréquentation des rues commerçantes par le
public namurois et les touristes, montrent une vitalité que beaucoup de
villes devraient envier. Ceci prouve bien que ce qui manque à Namur, c’est
seulement la capacité de mettre les automobiles en grand nombre sur la
périphérie immédiate et d’aider les piétons à gagner les espaces conviviaux
du centre en instaurant des navettes gratuites. De telles surfaces existent
et les élus devraient bien faire le tour de certaines zones, à pied avec
GPS, ou papier-crayon !

3. La troisième absurdité est de croire qu’il n’y a pas de limite au
développement.

Il est très étonnant de voir discuter de tels projets d’une
manière déconnectée de la réalité économique. La richesse ne s’accroit
plus ; les dettes publiques s’accumulent ; les citoyens ont des revenus
stagnants ou en régression. In fine, c’est tout de même le citoyen qui
paiera, même et surtout si les conséquences économiques futures sont
désastreuses ! Il faut aussi préserver les ressources et éviter la pollution
(casse, transports, bétonnage, bitumage, transports à nouveau, embouteillage
ad infernum. Il ne faut pas sacrifier des centaines d’emplois au
centre-ville. Il ne faut pas aggraver pendant plusieurs années de travaux
les conditions de circulation dans la zone, au lieu de les favoriser
autrement, et dès maintenant.

Il faut éviter les décisions absurdes. Le débat démocratique est une
excellente méthode, à condition que les preneurs de décision étudient
vraiment avec attention les avis récoltés de façon à se rapprocher d’un
consensus. Selon Christian Morel, la décision absurde d’un individu ou d’un
groupe consiste en son action radicale et persistante contre le but à
atteindre, car il croit être dans le rationnel (« Les décisions absurdes,
sociologie des erreurs radicales et persistantes », Gallimard, folio essais,
Vol 1, 2012, voir pp.65 et suiv.). Il ne faut pas que cette action soit
analogue à l’histoire du « Pont de la rivière Kwaï » dans laquelle la
municipalité serait le colonel américain Nicholson, les promoteurs seraient
le colonel japonais Saïto et la population namuroise serait le commando ami
venu détruire l’ouvrage.

Gageons que les citoyens namurois sauront exprimer une opinion raisonnable
et verront clairement là où sont les vrais facteurs limitant le plein essor
de l’activité commerciale et culturelle qu’ils ont la chance d’avoir dans
leur belle cité.

Hubert Dulieu

Ancien Namurois, maintenant
Dijonnais.

message reçu le mercredi 21 janvier 2015


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